Plan

  1. Prédateurs et imposteurs
  2. Entre gris clair et gris foncé : critères de jugement
  3. Listes blanches et listes noires
  4. Comment affamer les escrocs et les rapaces

1. prédateurs et imposteurs

Figure 1: 38% de marge réalisée en 2023

Une définition de surface

Predatory journals and publishers are entities that prioritize self-interest at the expense of scholarship and are characterized by false or misleading information, deviation from best editorial and publication practices, a lack of transparency, and/or the use of aggressive and indiscriminate solicitation practices

📓 Grudniewicz et al. (2019)

Quelles conséquences pour la recherche et les chercheurs

  • une tâche dans le CV
  • difficultés à récupérer les droits sur son article
  • de l’argent public perdu (puisque l’article n’a pas été revu correctement)
  • les éditeurs prédateurs minent la confiance des communautés de recherche mais aussi du public envers les publications en général

1. Les POAP sont des éditeurs en open access

Figure 2: Gold vs Green

Le DOAJ indique si des APC sont demandés par le journal et leur montant

La ruée vers les APC entraîne l’augmentation des POAP

Figure 3

2. Entre gris clair et gris foncé

Figure 4

“les POAP font payer des APC trop bas”

  • Pourquoi des APC en dessous de 150 euros seraient l’indice d’un éditeur prédateur 📓 Teixeira da Silva & Tsigaris (2018)
  • il existe des imposteurs qui se vendent très cher
  • le montant des APC payés ne peut servir de critère formel pour évaluer le sérieux d’un journal
  • les APC accroissent la confiance du public dans la science : “il suffit de payer pour être publié”
  • Le coût des APC n’est pas un excellent critère pour départager les offres sur le sérieux de leur révision par les pairs

“Les POAP ne sont pas transparents sur leurs coûts”

  • frais de soumission
  • frais d’illustration
  • L’ensemble des APC devraient être affichés d’emblée sur le site en effet. Si ce n’est pas le cas : extrême prudence !

“Les POAP ne proposent pas de licence usuelle”

  • Bronze OA
  • certains journaux légitimes affichent sur leur page qu’ils proposent une licence ouverte, sans préciser immédiatement laquelle
  • Pas un critère très sûr pour départager les offres

Les POAP affichent ou réalisent de fait des temps de révision très courts

  • C’est quoi un temps de révision normal ?
  • temps de révision ou temps d’organisation
  • l’anonymat du peer-review, la gratuité du travail, les autres tâches plus pressantes peuvent aussi rendre le ou la revieweuse négligent.e ou moins regardant.e
  • si le processus de révision par les pairs était ouvert, on ne se préoccuperait pas de sa durée.
  • Un critère sujet à caution

“Les POAP utilisent de fausses métriques ou des métriques douteuses”

  • l’Impact Factor même avéré n’est pas un bon indice de la qualité d’une revue
  • Impact Factor allégué alors que la revue n’est pas indexée par le JCR (ou ne l’a jamais été)
  • invention de fausses métriques (> Skopus)
  • affiliation avec des métriques mal considérées (> Copernicus) 📓 Delgado (2016)
  • Un critère assez sûr !

“Les POAP abusent de l’autocitation”

  • autocitation à des fins de promotion bibliométrique
  • ce n’est pas une pratique réservée aux éditeurs prédateurs
  • Un critère peu sûr pour départager les offres
Figure 5

“Les POAP abusent des numéros spéciaux”

Il est vrai que cette pratique est d’abord apparue chez les usual suspects (MDPI, Frontiers) Mais elle s’étend à tous les éditeurs OA (cf. Biomed Central Journals) La périodicité des livraisons n’est plus vraiment adaptée à la communication scientifique sur le web

Figure 6

“Les POAP sur-sollicitent les chercheurs/ses”

Formules utilisées pour flatter le ou la chercheuse contactée

  • Due to the rich knowledge shown in your previous publіcatіоn [title]
  • Impressed a lot by your artiсlе [title]
  • Since your рaреr [title] has left a deep impression on us
  • We are delighted to notice that your puЬliѕhed рарer [title] has brought wide attention

Les POAP imitent les éditeurs légitimes

  • titres proches (mais peut-on être créatifs sur des sujets de niche)
  • titres identiques et confusion entretenue : le cas des highjacking predatory publishers
  • même titre : piratage, titre proche : pas forcément un prédateur

“Les POAP ont des taux d’acceptation et de rétractation élevés”

  • Taux d’acceptation : MDPI > 41-50% d’acceptation sur l’ensemble des articles soumis / ensemble des éditeurs > 15-20%
  • Lorsqu’on s’apprête à soumettre, on ne connaît pas le taux d’acceptation
  • taux difficile à établir même pour des acteurs comme le WOS ou Scopus 📓 Partnership (2022a)
  • Retraction rate : MDPI > 213 papiers cités dans la base du site Retraction Watch (mais un compte comparable chez des éditeurs ayant bonne réputation)

“Les comités de rédaction des POAP sont en partie fictifs ou les affiliations sont peu claires”

  • inscrivent des chercheurs/ses sans leur demander leur avis dans les comités de rédaction
  • inventent des affiliations farfelues (University of Britany, University of Paris 16, etc.)
  • attention, pas facile de connaître l’appartenance réelle d’un membre du board à l’établissement allégué (rôle d’ORCID)
  • Lorsqu’on peut établir l’usurpation d’une identité, c’est définitivement un journal prédateur

Est-ce que MDPI est un éditeur prédateur ?

MPDI publie de bons articles dans de bons journaux
18 journaux ont un impact factor > 4 et c’est parfois considéré comme un signe de qualité
Les financeurs de la recherche en Europe recommandent certains journaux édités par MDPI

👎 MDPI pratique un spamming intensif
👎 multiplie les numéros spéciaux (mais c’est une tendance générale, voir plus haut)
👎 Certains directeurs de publication ont du démissionner parce qu’ils refusaient de céder à la pression de MDPI pour revoir les critères de qualité de leur journal à la baisse

📓 Crosetto (2021)

3. Listes blanches et listes noires

Figure 7

Liste de Beall

  • 2008-2017 fermée suite à des pressions d’éditeurs
  • personne isolée donc sujette à des pressions
  • critères subjectifs
  • liste biaisée (anti-OA, pro-Big publising)
  • jugements discriminants à l’égard des chercheurs et éditeurs du Sud global
Figure 8

POAP, un concept qui protège les positions dominantes occupées par les Corporations du Nord ?

What the concept of predatory journals actually reveals is the deep inequalities between the scientific working conditions in countries close to the “centre” of global science, such as the UK and US, and those on its periphery

📓 Partnership (2022b)

Cabell’s list

  • pas assez transparente
  • pas assez à jour (mais n’est-ce pas le propre de toute liste blanche ou noire) ?
  • trop chère pour le service rendu

A quoi servent les listes noires ?

  • pour beaucoup à rien, en plus “moralement infaisables” 📓 Teixeira da Silva & Tsigaris (2018)
  • C’est sans fin et géopoliquement sensible 📓 Kulczycki (2023)
  • pour certains à fixer des critères de qualité discutables et très coûteux pour écarter les concurrents des pays émergents
  • ça coûte très cher
  • listes noires “crowd-sourcées” : highjacking journals checker, Predatory journals
  • les listes blanches (DOAJ) valent mieux (moins d’effets de bord négatifs) mais elles sont aussi restrictives, incomplètes, pas à jour
  • il vaut mieux consacrer des moyens à “éduquer les publiant.e.s”
  • liste de vérifications : Think, check, submit, Compass to Publish

4. Comment affamer les escrocs et les rapaces ?

Figure 9

Changer drastiquement l’écosystème de la publication

  • Le phénomène prédateur vient de la nature commerciale des principaux acteurs
  • système des APC particulièrement défavorable aux chercheurs/ses du Sud, mais également aux autres
  • La communauté scientifique a besoin de se réapproprier ses revues
  • s’investir dans la création de revues diamant plutôt que dans le reviewing chez les Big Publishers
  • élargir les pratiques d’open peer review pour rendre visible le travail de révision 📓 Siler (2020) / Siler et al. (2021)
  • privilégier la qualité des publications plutôt que leur quantité (contre la culture du “publish or perish*)
  • former davantage les jeunes chercheuses/chercheurs aux bonnes pratiques en matière de publication
  • encourager la création de revues pour les negative data

Partager des ressources pour aider la création de revue dans les pays émergents

  • veiller à ce que les critères de qualité ne bloquent pas l’émergence d’acteurs dans les pays du Sud
  • ambassageurs DOAJ Pays du Sud (📓 Olyhoek et al. (2018) ) pour combler les “injustices cognitives” entre Nord et Sud
  • travail de tri réalisé avec des chercheurs du Sud dans le DOAJ

illustrations

figure source et crédits
Figure 1 Research Professional News
?@fig-shark Shark, by yosuke muroya, CC-by-nc
Figure 4 portion de la couverture de l’album “Entre Gris clair et Gris foncé” de Jean-Jacques Goldman, 1987
Figure 2 Perrin, S. (2022, novembre 30). Beware predatory publishers!
Figure 3 Perrin, S. (2022, novembre 30). Beware predatory publishers!
Figure 5 Sarka Erben Johansson’s presentation on MDPI at the MUNI University 5/09/2023
Figure 9 source: Anonymous on Twitter based on Illustration by David Parkins
Figure 6 Ansede, M. (2023, octobre 31). Public funds being swallowed up by scientific journals with dubious articles.
Figure 7 Michaela Strinzel, Anna Severin, Katrin Milzow, Matthias Egger, 2019 Blacklists and Whitelists To Tackle Predatory Publishing: a Cross-Sectional Comparison and Thematic Analysis
Figure 8 Author, A. (2020, septembre 28). Jeffrey Beall à une conférence de 2016 organisée parZBW MediaTalk, cc-by 4.0.

contenu réutilisé

L’activité “vous avez reçu le message d’un éditeur” est basée sur une activité mise au point par Olivier Poirier (UQTR), Valérie Levasseur (UQAC), Félix de la Durantaye (ENAP) et Valérie Bourdeau (UQ) (source)

logiciels utilisés pour cette présentation

Cette présentation a été réalisé au moyen de logiciels libres. Merci toutes celles et ceux qui développent, maintiennent et promeuvent ces logiciels au quotidien ❤️ ❤️

Slides 
 
[1] "Quarto version: 1.6.40"
[1] "R version 4.5.2 (2025-10-31)"

 quiz : H5P 
 
 boards : Digiboard (La Digitale) 
 
 repository : Framagit owned and managed by the Fnch pro-FOSS association Framasoft 
 

Télécharger la trame pour le publiscore afin de l’importer dans un digiboard

Références

Abalkina, A. (2023). Predatory vs hijacked journals: A commentary to A Trojan horse’ in the reference lists: Citations to a hijacked journal in SSCI-indexed marketing journals.” The Journal of Academic Librarianship, 102798. https://doi.org/10.1016/j.acalib.2023.102798
Boukacem-Zeghmouri, C., Pergola, L., & Castaneda, H. (2023). Profiles, motives and experiences of authors publishing in predatory journals: OMICS as a case study.
Crosetto, P. (2021). Is MDPI a predatory publisher?
Delgado, A. (2016). Fraudulent and false metric indexes. A scam for publishers and authors. https://www.revistacomunicar.com/wp/school-of-authors/fraudulent-and-false-metric-indexes-a-scam-for-publishers-and-authors/.
Group, C. D. E. W., Anand, S., Bezuidenhout, L., Cox, A., John-Langba, J., & Leonelli, S. (2024). POLICY BRIEF: Data ethics and structural inequities in science. Zenodo. https://doi.org/10.5281/zenodo.10933602
Grudniewicz, A., Moher, D., Cobey, K. D., Bryson, G. L., Cukier, S., Allen, K., Ardern, C., Balcom, L., Barros, T., Berger, M., Ciro, J. B., Cugusi, L., Donaldson, M. R., Egger, M., Graham, I. D., Hodgkinson, M., Khan, K. M., Mabizela, M., Manca, A., … Lalu, M. M. (2019). Predatory journals: No definition, no defence. Nature, 576(7786), 210–212. https://doi.org/10.1038/d41586-019-03759-y
Huber, J., Inoua, S., Kerschbamer, R., König-Kersting, C., Palan, S., & Smith, V. L. (2022). Nobel and Novice: Author Prominence Affects Peer Review ({{SSRN Scholarly Paper}} 4190976). https://doi.org/10.2139/ssrn.4190976
Huisman, J., & Smits, J. (2017). Duration and quality of the peer review process: The author’s perspective. Scientometrics, 113(1), 633–650. https://doi.org/10.1007/s11192-017-2310-5
Kratochvíl, J., Plch, L., Sebera, M., & Koriťáková, E. (2020). Evaluation of untrustworthy journals: Transition from formal criteria to a complex view. Learned Publishing, 33(3), 308–322. https://doi.org/10.1002/leap.1299
Kulczycki, E. (2023). We won’t defeat predatory journals by making a list of them. In Times Higher Education (THE). https://www.timeshighereducation.com/blog/we-wont-defeat-predatory-journals-making-list-them.
Olyhoek, T., Porrett, B., & Mitchell, D. (2018). The DOAJ ambassador programme: An example project for promoting cognitive justice in the global south. In L. Chan & P. Mounier (Eds.), ELPUB 2018: Vols. Connecting the Knowledge Commons: From Projects to Sustainable Infrastructure. ElPub. https://doi.org/10.4000/proceedings.elpub.2018.13
Partnership, T. I. (2022b). Combatting predatory academic journals and conferences - full report. InterAcademy Partnership (IAP).
Partnership, T. I. (2022a). Combatting Predatory Academic Journals and Conferences - full report. InterAcademy Partnership (IAP).
Raju, R. (2018). Predatory publishing from a global south perspective. https://librarypublishing.org/predatory-publishing-global-south-perspective/.
Siler, K. (2020). There is no black and white definition of predatory publishing. https://blogs.lse.ac.uk/impactofsocialsciences/2020/05/13/there-is-no-black-and-white-definition-of-predatory-publishing/.
Siler, K., Vincent-Lamarre, P., Sugimoto, C. R., & Larivière, V. (2021). Predatory publishers’ latest scam: Bootlegged and rebranded papers. Nature, 598(7882), 563–565. https://doi.org/10.1038/d41586-021-02906-8
Teixeira da Silva, J. A., & Kimotho, S. G. (2022). Signs of divisiveness, discrimination and stigmatization caused by jeffrey beall’s “predatory” open access publishing blacklists and philosophy. The Journal of Academic Librarianship, 48(3), 102418. https://doi.org/10.1016/j.acalib.2021.102418
Teixeira da Silva, J. A., & Tsigaris, P. (2018). What value do journal whitelists and blacklists have in academia? The Journal of Academic Librarianship, 44(6), 781–792. https://doi.org/10.1016/j.acalib.2018.09.017